Deslys, Gaby (1881 Marseille, 1920 Paris)
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La Canebière fait son show ! Opérettes & Revues, l’âge d’or du music-hall à Marseille

Pour son troisième article, Marseille Hello vous invite à bord de sa machine à remonter le temps, direction l’époque 1850 – 1950, à la découverte du music-hall marseillais.

« Mesdames, messieurs, bienvenue à bord de notre navette spatio-temporelle ; j’ai nommé la « Scotto mobile ». Pour la première étape, notre voyage nous mènera sur la Canebière en l’an 1857. Installez-vous confortablement et attachez votre ceinture. »

Bienvenue à bord de la Scotto mobile pour un voyage au coeur du music-hall marseillais

La scène artistique marseillaise au XIXème siècle

« Saviez-vous qu’au XIXème siècle et jusqu’à la fin des années 1950, la grande majorité des lieux couverts de spectacles étaient situés sur la Canebière et ses proches alentours ? Avant d’atterrir et de nous lancer pleinement dans notre sujet, laissez-moi vous parler brièvement de la scène artistique marseillaise telle qu’elle se présentait, à cette époque. »

Un public composite axé sur les mêmes divertissements

À l’exception de quelques établissements devenus emblématiques, comme l’Opéra, le Théâtre du Gymnase ou encore l’Alcazar, la plupart des lieux couverts dédiés aux spectacles connaissent une vie éphémère de quelques mois, quelques années ou décennies pour les plus chanceux, moyennant adaptations, rénovations ou changements de propriétaires.

Dans ces lieux, publics élitistes et populaires se côtoient comme il est déjà de coutume en ville. Marseille a longtemps été qualifiée de ville sans culture, probablement parce que les temps de repos et de loisirs sont naturellement partagés entre sorties-spectacles et plaisirs liés à la mer et à la campagne.

Ce n’est pas, non plus, la ville où l’on dit s’opposer culture classique conformiste et divertissements populaires. Bourgeois aisés et travailleurs aux revenus très disparates assistent ensemble à des représentations très hétéroclites, de la comédie ou du « mélo » aux spectacles de danse et concerts publics. La différence se fait au niveau de l’emplacement ; certains disposent de sièges plus confortables tandis que d’autres restent debout.

Angle de la Canebière et du cours Saint-Louis (1906)
Angle de la Canebière et du cours Saint-Louis (1906)

Un périmètre géographique restreint

Au début du XIXème siècle, la vieille ville (quartier du Panier) regroupe de petites salles, précaires, de théâtre amateur, échappant aux privilèges des 2 théâtres officiels. En effet, avec le décret impérial de 1806, les villes de province ne peuvent disposer que 2 salles au maximum. À Marseille, il s’agit du Grand Théâtre ou Opéra, construit en 1787, et du Théâtre Français ou Théâtre du Gymnase, construit en 1804. Le quartier, essentiellement composé de rues étroites et de passages sombres, ne laissent aucune possibilité de construction de vastes espaces et n’invitent guère à la promenade.

En parallèle, le quartier nouveau, édifié depuis le règne de Louis XIV et s’étalant, fin XVIIIème siècle, sur les terrains laissés libres par l’Arsenal des Galères (arsenal militaire maritime déplacé à Toulon), propose des espaces plus étendus et aérés (1), attirant promeneurs et fixant naturellement les nouveaux lieux de spectacles. Après 1850, le domaine géographique qui leur est voué est donc situé dans un petit périmètre autour de la Canebière.

Par la suite, si Marseille va connaitre une croissance démographique importante ainsi qu’une forte immigration, qui vont profondément transformer la ville et marquer une distinction entre quartiers industriels pauvres (au nord) et quartiers résidentiels luxueux (au sud), la poussée de la bourgeoisie vers le sud ne s’accompagne pas pour autant d’un déplacement majeur dans les lieux de spectacles.

(1) Le quartier nouveau prolongé s’étend, ainsi, du Cours (aujourd’hui cours Belsunce) à la place de Castellane et du Vieux-port aux allées de Meilhan (aujourd’hui segment entre les stations de métro Noailles et Réformés-Canebière)

Plan du quartier nouveau, du Cours à la place de Castellane et du Vieux-port aux allées de Meilhan
umap.openstreetmap.fr (Photographies de Marseille 1862 à 1866 par A. Terris)

Music-hall et revue, késako ?

« Pourquoi commencer avec l’année 1857, me demanderez-vous ? Parce que c’est l’année où l’on vit ouvrir les portes de l’impressionnant et majestueux Alcazar lyrique, l’un des 3 grands Music-halls en devenir qui régnèrent sur l’axe névralgique de la cité phocéenne. D’accord, mais qu’est-ce-qu’un music-hall me demanderez-vous, ensuite ? »

Un music-hall est un lieu proposant des spectacles de variétés (musiques, chants, sketchs comiques, tours de cirque… et la star des stars ; des revues composées d’un orchestre, un corps de ballet et des chanteuses, avec effets de lumière, grand usage de machines, danses et acrobaties). Il est l’héritier direct du café-concert (estaminet ou débit de boissons organisant des concerts musicaux de romances et chansonnettes) et se caractérise par 3 éléments : le service, le spectacle et les dimensions. Le dîner proposé est luxueux. Le spectacle est une revue. Et la salle doit pouvoir accueillir de nombreux spectateurs. L’architecture se veut éblouissante, avec un auditorium somptueux, des foyers élégants et des promenades illuminées.

La Revue – comme vous l’aurez compris – est donc un genre théâtral, présenté dans un décor luxueux, tel que le music-hall, qui allie musique, danses et comédie (sketchs satiriques de personnes contemporaines, de l’actualité ou de la littérature) pour offrir un spectacle complet. La revue ne possède pas d’histoire suivie ; elle opte pour un thème général utilisé à travers un enchaînement de numéros, au cours desquels solos et ensembles de danse se relaient. Le corps des femmes peut y être dénudé avec des chorégraphies marquant l’apparition de danses propres au genre, telles que le cancan, où comique et dimension érotique se mêlent.

Le cancan, danse de revue dans le music-hall

Fleuron du café-concert et du music-hall ; l’Alcazar lyrique

 (58, cours Belsunce)

Revenons à nos moutons… nous sommes donc en 1857, cours Belsunce, autrefois simplement nommé le Cours. L’Alcazar lyrique, sans conteste le plus célèbre café-concert, futur music-hall marseillais, mais aussi celui qui connaîtra la plus longue longévité, ouvre ses portes.

Une architecture éblouissante

« Paris n’est pas la seule ville des estaminets gigantesques, des cafés concerts splendides, des établissements publics merveilleux. Qu’est, je vous le demande, notre café Parisien, dont on a fait tant de bruit, auprès de cet Alcazar marseillais (…) ; immense casino qui, dans une soirée, a reçu onze mille consommateurs. » (Léo de Bernard, « Le monde illustré », 1858)

L’ ouverture de l’Alcazar lyrique fondé par Etienne Demolins (co-fondateur du Palais de Cristal, avec Louis Mollaret) se fait en grande pompe, à l’emplacement d’un ancien couvent puis d’une auberge, sur le cours Belsunce, l’un des points les plus passants de Marseille. Pour l’occasion, sont conviés les autorités civiles et militaires ainsi que la presse et les notables de la ville, au premier rang.

La décoration est de type mauresque. La salle peut accueillir 1500 personnes attablées qui suivent le spectacle en buvant et en fumant et 500 personnes pour les galeries. L’établissement dispose d’un journal réclame, d’un orgue-orchestre monumental, d’un orchestre de 35 musiciens, de galeries, de promenoirs, de grands salons, de loges réservées, d’un poulailler, d’un jardin avec cascades et rocailles… Le lieu est grandiose, la salle vaste et l’éclairage éblouissant (une immense coupole y loge un gigantesque lustre central).

Pendant qu’un artiste est sur scène, l’orchestre joue, le public, à la fois spectateur et consommateur, est assis autour des tables ou debout. Il regarde, écoute, joue (aux cartes, aux échecs…). C’est le seul café-concert, situé en centre-ville, à disposer d’un jardin. Le décor magnifique et la modernité des lieux, alliance entre esthétisme et confort, explique probablement son rapide succès.

Gentlemen 1920s

Des mutations à répétitions

L’établissement change régulièrement sa programmation et propose des spectacles variés ; grands concerts-spectacles, ballets, pantomimes (2), féeries, pièces militaires, romances, duos, chansonnettes, opérettes… Les dimanches et fêtes, des spectacles exceptionnels sont donnés, de jour comme de nuit. S’enchaîne également des rénovations et transformations d’intérieur ainsi que des changements de propriétaires dont le célèbre « Père Franck » (Paul François Esposito).

En 1873, l’établissement est même ravagé par un incendie qui démarre à minuit, après une représentation, alors que le public est toujours présent. Fort heureusement, aucune victime n’est à déplorer. L’Alcazar est reconstruit en quelques mois, toujours dans le style mauresque, et renoue immédiatement avec le succès.

Il faut attendre 1890 et la reprise de l’établissement par Louis Mollaret, comparse du propriétaire original, Etienne Demolins, pour que le statut de l’Alcazar passe de café-concert à music-hall, en renonçant aux consommations servies dans la salle. L’édifice est rénové, l’entrée sur le cours Belsunce créée ; 2 larges portes encadrent un grand fronton coiffé d’une marquise avec l’inscription « Alcazar ».

(2) le pantomime est une spectacles narratif, généralement accompagné de musique, fondé sur le moyen d’expression de l’art du mime, inaccessible aux censures car son écriture est l’interprétation.

Entrée de l'Alcazar (après 1935), fleuron du café-concert et du music-hall
Entrée de l’Alcazar (après 1935)

Un symbole intégré à la vie des marseillais

La programmation propose les étoiles les plus renommées du music-hall et les divas de l’opérette, pantomimes classiques et modernes. L’exigence du public marseillais fait de l’Alcazar un passage obligé pour conquérir le pays. Les revues constituent la partie majeure de la programmation à partir du début du XXème siècle, notamment les revues ou opérettes marseillaises, qui présentent des sketchs en français ainsi qu’en provençal-marseillais.

Même si les vedettes nationales passent à l’Alcazar de Marseille, le public porte en triomphe, les gloires locales : Alida Rouffe, Fortuné Aîné et son frère Fortuné Cadet, Andrée Turcy, Antonin Berval… C’est aussi un tremplin pour pour les carrières imposantes de Tino Rossi et d’Yves Montand. Y sont également programmées les vedettes du moment : Fréhel, Mistinguett, Félix Mayol, Maurice Chevalier, Joséphine Baker, Charles Trenet…

L’Alcazar fait intimement partie de la société marseillaise. Il devient un mythe sinon l’emblème de la ville des XIXème et XXème siècles. Le public, toujours aussi présent et important, a intégré les activités de l’établissement dans son quotidien.


Opérette et opérette marseillaise, késako ?

Je vous vois grimacer. Revue, opérette, on s’emmêle à la fin, avec tous ces termes. Quelle différence entre les deux ?

L’Opérette  est un Opéra-comique, plus légère dans son sujet et sa musique, où tout finit bien.

L’Opérette marseillaise est un genre musical créé par l’auteur parolier René Sarvil et le musicien Vincent Scotto, qui apparaît dans les années 1930 jusqu’à l’après-guerre et dont l’origine se situe à Marseille (unique ville de France à avoir donné son nom à un style de musique). L’opérette marseillaise dépeint les mœurs de la culture provençale de l’époque.

« Ce fut un véritable tremplin pour faire connaître une manière de vivre à la fois gaie, ensoleillée mais aussi laborieuse voire difficile. Les spectacles parlaient de la précarité des pêcheurs, de la mafia… » (Georges Crescenzo, neveu de René Sarvil)

Ludique mais pas nécessairement militante pour autant (elle informe mais ne dénonce pas politiquement parlant), elle fait office de « contre-culture ». Avant et pendant la Guerre, les revues et opérettes marseillaises se jouent à Paris et dans toute la zone libre et participent beaucoup à l’élaboration d’une image parfois caricaturale de Marseille et des méridionaux.

La revue marseillaise (1932)
Écouter un extrait : Les cris de la rue (La revue marseillaise, 1932)

Un adversaire de taille ; Le Palais de cristal

(110, la Canebière)

Passons maintenant à l’étape numéro 2 de notre voyage. Dans la guerre des cafés-concerts, l’Alcazar trouve finalement un adversaire de taille, nommé le Palais de Cristal.

Le royaume du scintillement

Achevé en moins de 7 mois, le Palais du Cristal est inauguré en 1882, par Etienne Demolins (fondateur de l’Alcazar) et Louis Mollaret. L’établissement est gigantesque ; 1300 m² de style Renaissance Italienne. La charpente en fer pèse, à elle seule, 4117 kg et est soutenue par 20 colonnes en fonte de 20 m de hauteur. La salle principale fait 750 m² et comprend une scène pour l’orchestre de 60 musiciens. Au centre, se dresse une piste de patinage de plus de 400 m² qui peut devenir une piste de cirque. Dans ce cas-là, les chevaux arrivent par un passage disposé sous la scène communiquant avec une écurie capable de loger 40 chevaux.

Dès son ouverture, il est voué au café-concert et au music-hall. Il tire son nom de son immense escalier aux balustres en cristal permettant de rejoindre les 1500 places des 3 galeries et des promenoirs décorés de miroirs. Son éclairage est original ; un plafond lumineux suspendu avec une charpente de glace gravée et orné d’un lustre de scène et de guirlandes de boules lumineuses, le tout faisant scintiller miroirs et colonnes diamantées. Sa célébrité est immédiate.

Entrée du Palais de Cristal (1906), un music-hall royaume du scintillement
Entrée du Palais de Cristal (1906)

La course au succès

A l’instar de son principal concurrent, il connaît plusieurs transformations importantes et changements de propriétaires, ainsi qu’un incendie majeur qui ravage presque intégralement l’établissement en moins de 2 heures, là encore sans faire de victime humaine. Les représentations sont alors déplacées temporairement aux Folies Marseillaises (Variétés Casino Musical que nous verrons, un peu plus bas), que la faillite a rendue vacante à cette même période. Il réouvre seulement 4 mois plus tard, avec une contenance de 5000 places et entre directement en concurrence avec l’Alcazar.

La direction est sans cesse confrontée à un dilemme ; il faut repérer quels types de spectacles ou quels artistes fait recette à l’Alcazar pour tenter d’innover et de le surpasser. Néanmoins dans un souci d’attirer les stars à la mode, son directeur du moment, Vincent Pompéi, néglige les opérettes marseillaises, se privant de cette spécificité propre à l’Alcazar. Il n’hésite pas, non plus, à débaucher les artistes à succès de son concurrent.

La programmation est extrêmement diverse. Les artistes parisiens, les vedettes locales et les stars internationales alternent avec des séances de luttes, des numéros de cirque, pantomimes et acrobaties. C’est ici que Fernandel découvre son maître, le comique Polin.

Palais de Cristal (1909) ou la course au succès du music-hall

Un public intransigeant

En 1909 l’édifice est entièrement rénové pour la seconde fois et fait l’admiration de tous, tant par ses dimensions imposantes par ses décorations et son aménagement. Le vaste hall d’entrée donne sur un double escalier majestueux menant aux galeries. La disposition de la nouvelle salle de style Louis XVI offre aux spectateurs une vue complète de la scène sans aucune gêne. Les aménagements spacieux permettent de circuler librement. Des salles de consommations et bars américains proposent tout le confort moderne. Enfin, partout, la lumière tamisée ou éclatante ruisselle des lustres et des appliques élégantes.

On s’y rue pour voir Joséphine Baker et sa ceinture de bananes. Mais le public exigeant sait aussi manifester son mécontentement. Les dimensions phénoménales de l’endroit sont idéales pour les attractions mais pas pour les chanteurs, d’autant que l’acoustique y est médiocre. Félix Mayol (alors connu sous le nom de Petit Ludovic) y vit les pires débuts de sa carrière. « Fais ta malle ! » s’écrie le public.

Felix Mayol, vedette du music-hall

Le Variétés Casino Musical, première vraie salle de café-concert du quartier nouveau

(37, rue Vincent Scotto)

Notre dernière étape nous mène enfin aux Variétés Casino Musical. S’il fut, en réalité, le premier des 3 à ouvrir, plus d’un an avant l’Alcazar, et à lancer la mode des opérettes marseillaise, son envergure et son rayonnement n’atteindront pas, pour autant, celles des 2 précédents.

Des débuts prometteurs

Profitant du succès du Café Vivaux (première salle à porter le nom de café-concert, place Vivaux, face au musée des Docks Romains), Elie Fabre (patron du café Turc – café célèbre et incontournable de la Canebière) a l’idée d’installer une vraie salle de café-concert, rue de l’Arbre (aujourd’hui rue Vincent Scotto).

Ainsi né, en 1856, le Variétés Casino Musical. C’est une salle magnifique disposée en salon et dominée par une galerie à la balustrade de cristal. Des statues monumentales gardent une forêt de bronze, en forme d’arbres exotiques aux feuilles vertes qui se reflètent dans les miroirs tapissant les murs. Au centre, apparaissent des sièges de velours rouge et des tables de marbre blanc. Pour contourner la réglementation des théâtres autorisés, le Casino Musical ne perçoit pas de droit d’entrée. Il est gratuit, seules les consommations doublent de prix le temps des spectacles.

Le Casino musical devient très vite un conservatoire du comique marseillais mais dispose, malgré tout, d’un orchestre de 20 à 40 musiciens qui peut rivaliser avec les formations classiques.

Programme Variétés Casino Musical, du music-hall au théâtre

Une seconde chance

Elie Fabre souhaitant développer plus largement son activité dans le monde du spectacle, investit dans un autre établissement (« Le Château des fleurs ») dans un tout autre endroit de la ville et laisse le Casino Musical à son beau-frère. L’établissement connaît un fort succès mais est, peu à peu, délaissé. La salle, de moins en moins, attractive propose des spectacles médiocres. En 1878, sous la concurrence de l’Alcazar, le Casino Musical ferme ses portes.

Après complète démolition et un chantier de 4 mois, les Folies Marseillaises (en écho aux Folies Bergères parisiennes) ouvrent avec 1200 places. La scène mesure 20 m de longueur et 12 à 15 m de largueur, permettant des spectacles d’envergure. En plus des traditionnels foyers de danse et des artistes, des bureaux de l’administration et des loges, on y trouve 2 promenoirs feutrés, équipés de bars, le long des galeries et un passage en forme de pont donnant sur la rue Thubaneau pour permettre l’installation des décors, des cages d’animaux et du matériel des gymnases.

Sa programmation est diverse ; grandes vedettes du café-concert, pantomimes, spectacles de lutte et, de temps à autres, drames.

Programme Théâtre des Variétés

La consécration

Dès 1882, son activité se réduit fortement, Les Folies Marseillaises prennent, pour quelques mois, le relais du Palais de Cristal, le temps de sa reconstruction après l’incendie et montent, malgré tout, quelques spectacles jusqu’en 1887 où elles cèdent à la faillite.

Reconstruite en 90 jours, la salle de 1600 places renaît sous forme de théâtre traditionnel et renoue en partie avec son nom d’origine ; il se nomme désormais le Théâtre des Variétés, où le café-concert cède aux opérettes et pièces de théâtre. Sa façade extérieure est l’actuelle façade que nous connaissons. Son décor rappelle sa programmation et il est le premier théâtre avant l’Alcazar à lancer la mode des opérettes marseillaises.

Enfin en 1893, le théâtre accueille la troupe de la Comédie Française au complet. C’est un tel triomphe qu’Émile Simon, célèbre directeur de tournées artistiques, décide de prendre la direction des Variétés pour en faire un théâtre autonome avec sa propre troupe. Les grands drames et les belles comédies gaies s’alternent avec les vaudevilles. On peut y voir tous les spectacles nouveaux de Paris et tous les grands artistes locaux, comme la triomphale première marseillaise du « Cyrano de Bergerac » d’Edmond Rostand en 1898.


Le cinéma est roi, le music-hall est mort.

Après cette présentation des 3 principaux music-halls de la Canebière, vous me direz « Mais que s’est-il passé pour que le music-hall disparaisse, lui qui semblait nouer aisément le grandiose et le succès ? » En réponse je ne citerai qu’un coupable : le Cinéma.

Même si les lieux couverts et salles se font et se défont rapidement, une continuité perdure dans les Arts du spectacle,  entre ceux dits du passé et l’art nouveau qu’est le cinéma. L’Alcazar, le Palais du Cristal et le Variétés Casino Musical font donc ainsi, tour à tour, place aux spectacles de variétés et au cinéma.

Là où le cinéma donne un sens nouveau au spectacle c’est avec des représentations bon marché, tout public, de divertissement ou d’actualité. Très vite, il vient donc compléter la programmation des grands music-halls, si ce n’est purement et simplement la remplacer. Et Marseille connait une véritable explosion des lieux dédiés à cet art, qui contrairement à ses prédécesseurs, réussit à s’installer durablement jusque dans les villages et citadelles ouvrières, où les formes d’Art du spectacle précédentes avaient échoué.

Cinéac la Canebière (1935)
Entrée du Palais de Cristal (1906)

Un temps ralenti durant l’occupation de la Seconde Guerre Mondiale, où se multiplient réquisitions, fermetures, démolitions, le cinéma et toute son industrie reprennent en force au lendemain de la guerre. Au début des années 1950, Marseille compte plus d’une centaine de lieux destinés à la projection cinématographique. Cet engouement se fait, bien évidemment, au détriment des spectacles autrefois populaires ; le café-concert se meurt, l’opérette marseillaise perd son pouvoir d’attraction et les stars du music-hall partent chercher la consécration dans la capitale.

Pour autant, la tradition de la culture musicale ne disparaît pas totalement. L’Opéra ou Grand Théâtre en reste le symbole, avec une clientèle toujours passionnée, même si d’autres lieux de spectacle tels que l’Alcazar ou le Palais de Cristal n’ont pas réussi, eux, à traverser les âges. Ironie du sort, des 3 lieux cités dans cet article, le Variétés, de moindre portée, est le seul à toujours être en fonction dans le domaine des Arts du spectacle. C’est un cinéma indépendant. Le Palais de Cristal a tout simplement disparu et l’Alcazar est devenu la principale bibliothèque municipale de la ville de Marseille.

Bodybuilder

Ils ont enflammé music-hall et opérettes marseillaises !

Notre excursion ne serait pas complète si nous n’abordions pas, en quelques mots, avant de finir, les figures notables locales qui ont fait vibrer le coeur des marseillais. Qui sont elles ?

Alibert ou Allibert, Henri  (1889 Carpentras, 1951 Marseille)

Alibert ou Allibert, Henri  (1889 Carpentras, 1951 Marseille)
Chanteur, acteur et librettiste français. Après des débuts difficiles et un relatif succès avec « Jazz Band Partout », « Mon Paris », de Vincent Scotto, lui a fait connaitre la célébrité. Devenu le plus méridional des méridionaux, il fut demandé de partout et a enchainé opérettes et films dont « Au pays du soleil », « Un de la Canebière », et « Les gauchos de Marseille ».

Deslys, Gaby (1881 Marseille, 1920 Paris)

Deslys, Gaby (1881 Marseille, 1920 Paris)
De son vrai nom Gabrielle Caire, chanteuse française. Après des débuts à Paris et à Londres, elle a embrassé, très jeune, une carrière internationale de star du music-hall. Revenue des États-Unis avec le ragtime (précurseur du jazz), elle a introduit, en France, la revue ; genre théâtral porté sur les plus grandes scènes mondiales. Elle meurt en pleine gloire, de la tuberculose, et lègue sa fortune et sa villa, à la ville de Marseille.

Mayol, Félix (1872 - 1941 Toulon)

Mayol, Félix (1872 – 1941 Toulon)
Chanteur français. Marmiton le jour, chanteur le soir, « le Petit Ludovic » connaît des débuts modestes à Toulon et Marseille. Après avoir tenté la Marine, il reprend la chanson, trouve son personnage et affine son répertoire de type montmartrois. Il est engagé, à Paris, à l’age de 23 ans. Quelques années plus tard, l’homme à la houppette est une véritable vedette de music-hall. Parmi ses succès, on peut citer la célèbre chanson « Viens poupoule« .

Sarvil, René (1901 Toulon, 1975 Marseille)


Sarvil, René (1901 Toulon, 1975 Marseille)
De son vrai nom René Crescenzo, acteur et parolier français. Il a créé avec l’acteur Alibert, la première revue marseillaise, puis a collaboré, de nombreuses années, avec le compositeur Vincent Scotto, produisant ensembles d’innombrables succès. Auteur d’un millier de chansons. Sur 50 années de carrière, il a écrit pour les plus grands de l’époque : Félix Mayol, Maurice Chevalier, Fernandel, Tino Rossi, Édith Piaf, Marie Dubas…

Scotto, Vincent (1874 Marseille, 1952 Paris)

Scotto, Vincent (1874 Marseille, 1952 Paris)
Compositeur français de 4 000 chansons, et de 60 opérettes, écrites, entre autres, par René Sarvil, et jouées par Alibert, Joséphine Baker, Tino Rossi, Maurice Chevalier, Reda Caire…. Nombre de ses créations ont été des succès internationaux, en Europe et aux États-Unis. On compte, aussi à son actif, des musiques composées pour plus de 200 films, dont ceux de son ami Marcel Pagnol.

Turcy, Andrée (1891 Toulon, 1974 Marseille)

Turcy, Andrée (1891 Toulon, 1974 Marseille)
De son vrai nom Alphonsine Turc, actrice et chanteuse française. Après des débuts au cabaret, à Lyon et à Paris, elle est engagée pour une revue, à Marseille, où elle fait un triomphe avec « La chanson du cabanon ». Par la suite, elle a enchaîné revues et tournées, avec des succès tels que « Mon anisette » ou encore « Pourquoi je t’ai quitté », avant de s’essayer au théâtre.

Ainsi s’achève notre voyage dans le temps. Nous espérons que vous avez passé un moment chantant dans le Marseille d’antan. Retour à l’an 2019 dans 5, 4, 3, 2, 1…

Tschüss !

Montages : Marseille Hello Photos : archives et presse spécialisée

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2 commentaires

  • marseillehello

    — report commentaire de l’ancien site —
    La fille de l’encre dit :
    10 février 2019 à 20 h 06 min
    Ah les belles années de la Canebière ! Merci pour ce voyage dans le temps qui réconcilie avec ce coin de Marseille qui n’est plus malheureusement le plus agréable de la ville aujourd’hui.

    • marseillehello

      Ravie que l’article vous ait plu. Il est vrai que la Canebière de nos jours ne ressemble plus à celle d’antan ; le sort réservé à de nombreux lieux exprimant les fastes d’une époque révolue. Mais je n’ose imaginer le gouffre financier que cela serait côté entretien. Impensable pour notre époque contemporaine. Pour nous, qui sommes arrivés plus tard, il ne nous reste plus qu’à rêver au son des récits et photos 🙂

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